DESCRIPTION
de FEURS de PANISSIERES (Forez, Loire)
Feurs et Panissières, situées à une quinzaine de kilomètres l’une de l’autre dans le département de la Loire (ancienne province du Forez), sont liées par une histoire commune de peuplement, de seigneuries et d’activités économiques, notamment textiles.
Origines antiques et médiévales
Feurs correspond à l’antique Forum Segusiavorum, capitale des Ségusiaves (peuple gaulois). Sous domination romaine, la cité prospère grâce à sa position de carrefour (voies vers Lyon, Roanne, Auvergne). Elle décline au IIIe siècle avec les invasions et les crises de l’Empire, avant de réapparaître modestement au Xe siècle sous le nom de Forus ou vicus forensis. Le château de Feurs n’est clairement attesté qu’au milieu du XIIIe siècle ; les comtes de Forez y consolident progressivement leurs droits face à des co-seigneurs (familles d’Augerolles, Antoine, etc.).
Panissières (anciennement Saint-Jean-de-Panissières ou Sancti Johannis de Exartopetro / Paniceres) apparaît plus tardivement dans les sources écrites. L’église Saint-Jean-Baptiste est mentionnée dès 919 dans le cartulaire de l’abbaye de Savigny, dont elle dépend. Au Xe siècle, elle fait partie des dépendances d’un château comtal. À la fin du XIIIe siècle, les textes évoquent la villa et la parrochia de Saint-Jean-de-Panissières. Un lignage local, dit « de Saint-Jean » ou « de Saint-Jean-de-Panissières », y est possessionné. Dès le début du XIVe siècle, les comtes de Forez acquièrent progressivement les droits sur le lieu par transactions (notamment en 1308 avec les héritiers de Guillaume de Saint-Jean-de-Panissières).
Panissières se trouvait sur un ancien chemin reliant Feurs à Tarare, facilitant les échanges entre Forez et Beaujolais.
Époque moderne : textiles et marchés
Les deux localités sont marquées par l’économie textile forézienne (chanvre puis toiles et soieries). Feurs abritait un important marché du chanvre près du grenier à sel. En 1574, à la sollicitation de Claude d’Urfé (baron d’Entraigues, lieutenant général du Forez), le roi Henri III établit un marché des toiles à Panissières le lundi. Cela affaiblit considérablement celui de Feurs et favorise le développement de l’industrie des « toiles de Saint-Jean » à Panissières, qui s’étend ensuite vers le Beaujolais et le Mâconnais. Au XIXe siècle encore, la culture du chanvre reste significative dans l’arrondissement de Montbrison avant de décliner.
XIXe-XXe siècles : le monorail et l’enclavement
À la fin du XIXe siècle, Panissières (alors peuplée d’environ 4 500 à 5 000 habitants et spécialisée dans les toiles, le linge de maison et la soierie/cravate) souffre de son enclavement. Feurs, carrefour ferroviaire et routier important (axes Saint-Étienne/Roanne et Lyon/Clermont-Ferrand), apparaît comme le débouché naturel. Un projet de monorail système Lartigue (inspiré de la ligne irlandaise Listowel-Ballybunion) est adopté en 1891 pour relier les deux localités (dénivelé d’environ 300 m, tracé par la vallée de la Loise et de la Charpassonne, via Donzy, Salvizinet et Cottance).
Les travaux débutent en 1894. Des locomotives (« Feurs » et « Panissières ») sont livrées, des essais ont lieu entre 1893/1895 et 1899, mais la ligne, construite trop légèrement pour le relief, n’obtient jamais l’autorisation d’ouverture au public. Des difficultés financières et techniques aboutissent à la déchéance de la concession en 1899 et à la vente du matériel en 1902. Une légende locale (déraillement spectaculaire le jour de l’« inauguration ») circule, mais les faits montrent uniquement des essais et un incident de freinage. Le tracé est aujourd’hui un sentier de randonnée.
Personnalités et patrimoine
Parmi les figures liées à Panissières figure le sculpteur Jean-Marie Bonnassieux (1810-1892), né sur place, auteur notamment de la Vierge colossale Notre-Dame de France au Puy-en-Velay et de la statue de Notre-Dame de Feurs. Feurs conserve un musée (château d’Assier) présentant son passé gallo-romain et forézien.
Aujourd’hui, les deux communes appartiennent au même canton de Feurs et à la communauté de communes de Forez-Est. Leur histoire commune illustre le passage d’une capitale antique et d’un bourg seigneurial médiéval à des centres textiles foréziens, puis à des localités rurales liées par un projet ferroviaire avorté emblématique des ambitions et difficultés de la fin du XIXe siècle.
(Sources principales : cartulaires de Savigny et chartes du Forez ; Armorial de Guillaume Revel ; travaux d’Édouard Perroy sur les familles nobles du Forez ; monographies locales sur le monorail et l’industrie textile forézienne.)
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